"Le chef d'orchestre que j'ai été vous dit adieu": le PDG de Libération Serge July, patron historique et co-fondateur du quotidien en 1973, a confirmé jeudi devant sa rédaction sa démission, voulue par l'actionnaire principal Edouard de Rothschild. Quinze jours après avoir annoncé le 13 juin que cet actionnaire voulait le voir quitter ses fonctions, M. July a officialisé son départ lors d'un comité de rédaction quotidien.
Actionnaire de référence avec 38,8% du capital, Edouard de Rothschild, que July avait pourtant fait venir en 2005, posait ce départ en préalable à une recapitalisation du quotidien. La veille, le personnel de Libération avait avalisé à 60,5% le principe d'une cogérance à titre intérimaire entre la SCPL (Société civile des personnels de Libération, deuxième actionnaire du journal à 18,4%) et M. de Rothschild.
Lors d'un conseil d'administration qui a suivi cette annonce, le journaliste Vittorio de Filippis, 47 ans, spécialiste en économie internationale, actuel gérant de la SCPL, est devenu PDG à titre transitoire. Philippe Clerget, ancien directeur de la publication de L'Usine nouvelle, est devenu cogérant et directeur général.
Devant une assistance émue, dans un grand silence, Serge July, 63 ans, a fait ses adieux: "le chef d'orchestre que j'ai été vous dit adieu, le journaliste aussi, infiniment triste de ne plus pouvoir écrire ici", a déclaré le patron emblématique du quotidien, cité par des participants à la réunion.
"J'ai créé Libération en septembre 1972", a poursuivi Serge July, évoquant notamment la figure de Jean-Paul Sartre. "Je l'ai dirigé depuis cette date. Nous avons connu d'immenses succès, ensemble, nous avons raconté l'histoire d'un tiers de siècle", a-t-il poursuivi, toujours cité par des témoins. Antoine de Gaudemar, directeur de la rédaction, a décidé pour sa part "en accord" avec Serge July "d'accompagner cette période de transition pour défendre les intérêts de la rédaction et du journal". "Une page est vraiment tournée", constataient plusieurs journalistes.
La solution de cogérance approuvée par le personnel avait été proposée par Edouard de Rothschild. Après la nomination des codirigeants pour une période intérimaire, un "comité opérationnel" a été décidé, lors du CA, dans lequel siégeront 3 membres désignés par la SCPL et 3 par l'actionnaire.
Ce Comité doit, selon la SCPL, "définir et appliquer les mesures de restructuration" ainsi que "réfléchir à un plan d'économies de l'ordre de 6 millions d'euros par an", dans un contexte d'érosion des ventes (136.921 exemplaires/jour en 2005). Il s'agira de négocier avec Publicis pour la régie publicitaire et avec les imprimeurs.
Le Comité a été mandaté pour trouver une banque d'affaires pour rechercher des "partenaires afin de recapitaliser le journal". L'éditeur de presse belge Rossel "a eu des contacts avec Libération", a affirmé mercredi le quotidien La Tribune.
La SCPL, maintenant aux manettes du journal, assure avoir "quelques mois pour travailler sur un plan de restructuration, de développement et de recherche de capitaux en ne négligeant aucune piste pour l'avenir".
François Wenz-Dumas, délégué syndical SNJ, syndicat majoritaire, "prend acte et si le nouveau tandem parle de développement, on est ravis. Si on parle économies, on se battra. En revanche, on n'a pas d'inquiétude sur l'indépendance éditoriale". (AFP)